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13/11/2018

Ukraine si russe !

 

 

 

 

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De retour de Kiev et Odessa, nous pouvons dire que le calme le plus absolu règne en Ukraine, exception faite du sanglant conflit armé dans le Donetsk. Mais il faut se méfier de l’eau qui dort. L’Ukraine est en faillite et ses dirigeants actuels corrompus, arrivés au pouvoir suite au coup d’État de la place Maïdan – derrière lequel était la CIA, comme l’a affirmé Poutine lors de sa longue interview par le célèbre journaliste américain Oliver Stone en 2017, et comme évoqué dans une tribune de Mediapart, toujours en 2017 -, conduisent un pays mécontent dont la majorité des habitants est pro-russe, dans une impasse géopolitique polono-états-unienne.

 

 

 

Tous les Ukrainiens sans exception parlent et comprennent le russe, qui est la langue dominante dans les grandes villes telles que Kharkiv, Kiev et Odessa. Jusqu’aux invasions tartaro-mongoles du XIIIe siècle, le russe, le biélorusse et l’ukrainien ne formaient qu’une seule langue commune. L’ukrainien, très proche du russe, s’écrit avec le même alphabet cyrillique. En fait, seule la Galicie, très longtemps polonaise ou austro-hongroise, regarde davantage à l’ouest qu’à l’est.

 

 

La Russie est née avec la Rous’ de Kiev (882-1169) lorsque le prince varègue Oleg, venu de Novgorod, s’empare de Kiev en 882 pour former un des plus grands États d’Europe au Xe siècle, de la Baltique à la mer Noire. La Russie devient chrétienne orthodoxe lors de la conversion, en 988, du prince Vladimir de la Rous’ de Kiev à Kherson, dans le sud de l’Ukraine. Aujourd’hui, l’Ukraine est un pays majoritairement orthodoxe.

 

 

 

L’Ukraine bascula du côté russe lors de la révolte du cosaque zaporogue Bohdan Khmelnitski contre la domination polonaise lorsqu’il décida de s’allier, en 1654, avec la Russie et lorsqu’en 1709, les 45.000 hommes de Pierre le Grand écrasèrent, à la fameuse bataille de Poltava, les troupes du cosaque zaporogue Mazepa qui s’était allié à l’armée de Charles XII de Suède. Odessa fut fondée par Catherine II à la place d’une forteresse turque conquise par les Russes en 1792.

 

 

 

Quant à la Crimée, elle a toujours été russe depuis que le khanat de Crimée a été vaincu en 1774 par les troupes russes de Catherine II. Elle a été seulement ukrainienne dans le cadre de l’URSS lorsque Khrouchtchev, en 1954, décida de faire don de la Crimée à l’Ukraine pour fêter les 300 ans du pacte militaire signé par Bohdan Khmelnitski.

 

 

 

L’Ukraine, nonobstant son origine russe, a donc été sous souveraineté russe durant trois siècles, de 1654 à 1991. Seul l’écroulement de l’URSS a abouti à la création de l’Ukraine, comme État indépendant.

 

 

 

Gogol, Boulgakov, Prokofiev que tout le monde considère comme des Russes sont, en fait, d’origine ukrainienne. Pour Gogol, qui n’a jamais soutenu une idée patriotique ukrainienne, les cosaques ne sont pas l’expression du patriotisme ukrainien mais de l’esprit russe.

 

 

 

Face à la Chine en Sibérie, face au monde musulman de l’Asie centrale, du Caucase et de la Turquie, l’Europe de l’Ouest a besoin d’un chien de garde de 200 millions d’habitants à l’Est qui ne peut être qu’une Russie comprenant de nouveau l’Ukraine et la Biélorussie. L’Ukraine, n’en déplaise à la Pologne, à l’OTAN, aux États-Unis et à la pensée unique, est russe et doit redevenir russe !

 

 

 

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07/09/2018

Le lion Chestov:

 

 

 

 

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En Russie, littérature et philosophie se recoupent, plus que chez nous. Pour Chestov, il n’y a pas davantage d’art pour l’art que de pensée pour la pensée. Ses trois articles, respectivement sur Pouchkine (1899), Tolstoï (1908) et Tchekhov (1905), montrent que sa démarche du côté de la littérature reste dans les pas du philosophe : elle est tout existentielle. C’est le secret existentiel de chaque écrivain que Chestov fouille. Son objet n’est pas tant de faire apparaître une œuvre qu’un homme.

 

 


Léon Chestov, L’homme pris au piège. Pouchkine, Tolstoï, Tchekhov. Préface de Boris de Schlœzer. Trad. du russe par Sylvie Luneau et Boris de Schlœzer. Christian Bourgois, 123 p., 7 €


 

 

Comment s’y prend-il ? Que lui importent une fois encore les propylées de la raison, puisqu’il veut toujours entrer « là où il n’y a pas de porte ». C’est pour lui le meilleur chemin, tout ouvert aux yeux sillés et à l’âme dessillée. Il écrit dans un éblouissement qui est son rugissement.

 

 

Pensées, sentiments, actes, exposés dans une œuvre, peuvent, selon lui, amener à des découvertes que les gens normaux (par conséquent normés) ne veulent pas connaître. Il faut déchirer le sauf-conduit qui nous a été remis à la naissance, pour connaître et établir notre propre règle de vie. Si un homme peut enfin devenir déraisonnable et appréhender la vie dans toutes ses dimensions, vaut-il la peine de croire en la raison et d’y perdre du temps ? C’est une conduite de vie et de rupture qu’indique ainsi chaque texte de Chestov. Chaque texte est une protestation « pour surmonter ce cauchemar de nos limites spirituelles qui a pour nom la science contemporaine ». Et qui est le mieux placé, ou plutôt qui se place le mieux « dans l’axe de détresse », comme l’écrit Péguy, pour regarder, affronter, surmonter, à défaut de vaincre, un tel cauchemar ? Qui, sinon celui dont l’écriture est dépistage ? Celle-ci se révèle innocente, presque neutre parfois : c’est ce qui la rend insigne. Écoutons : « Dans un mois il se sera écoulé un siècle depuis la naissance d’Alexandre Sergueievitch Pouchkine et, malheureusement, presque soixante-deux ans depuis le jour de sa mort » ; « Il y a cinquante ans, lors de son séjour à Paris, Tolstoï assista un jour à une exécution capitale. Nulle part il ne décrit en détail les impressions retirées de ce terrible spectacle » ; « Tchekhov est mort et on peut maintenant parler de lui librem

 

 

Ce sont les premières phrases des petits essais que Léon Chestov consacre à Pouchkine Tolstoï et Tchekhov. Le lion ici est bien calme, presque caressant, inoffensif, tout de bénignité. Il avance à pas mesurés. Il sonde les équilibres. À Pouchkine, la naissance et la mort : Pouchkine est le cercle parfait. Il délimite en quelque sorte la Russie en lui donnant sa langue. À Tolstoï, le spectacle d’une mort soudée au supplice. À son tour, en 1910, sur l’échafaud provincial d’une petite gare, Tolstoï donnera au monde à voir sa propre mort. Soudée à ses tourments. À Tchekhov, la mort en tant que liberté laissée, léguée à ceux qui restent provisoirement. Une mort source d’avenir humain pour les autres.

 

 

 

Ainsi, Chestov retire et présente d’emblée ces deux diamants de notre terre : la vie et la mort. À elles deux, en quelque sorte, la raison de toute chose, qu’il refusera toujours à la raison même. La vie et la mort, à l’état brut si l’on peut dire, sont pour lui la seule science. Elles ne sont pas à délibérer mais à libérer. Elles ne sont pas à mettre en balance. Elles constituent la balance même. Elles soupèsent. Pour Chestov, il ne faut tout de même pas inverser les rôles, la vie et la mort mandent l’homme à chaque tournant. Et leur jonction est organique. Pour l’artiste, l’art est cette jonction même. Elle est dans le corps de l’œuvre comme dans le corps de l’homme : elle les articule.

 

 

 

Pouchkine ? Un « vaincu plus heureux que son vainqueur » qui l’a tué en duel. Tolstoï ? Avec lui « the time is out of joint. Et j’ajouterai : nous ne bougerons pas le petit doigt pour ramener le temps à sa place : qu’il vole en éclats ! » Tchekhov ? « Je ne sais pas, répond Tchekhov à tous ceux qui pleurent, à tous les suppliciés. » Notons que Chestov le fait répondre ici en quelque sorte à Tolstoï.

 

 

Aucun des trois ne nous abandonne dans un « sommeil de brute ». Seulement, le cas Tolstoï est des plus signifiants. Il voudrait bien dormir, lui, dans le lit d’un christianisme qu’il croit avoir raisonnablement refait. À sa mesure. Et à sa satisfaction : ses bottes ôtées, nettoyées et recousues par lui, le barine, son pot de chambre préparé et vidé, toujours par lui. Parfait. Hélas ! note Chestov, son sommeil va se révéler convulsif. Chez Tolstoï, la raison est convulsive ou elle n’est pas. La recherche religieuse ne pourra jamais être que lutte désordonnée avec soi et son entourage. Il n’y a pas d’autre moyen, quand on veut se priver de la tiédeur de l’Esprit dans l’Église pour tous : si tous n’atteignent pas l’excellence, au moins tous obtiennent la moyenne. Devant cela, Tolstoï enrage et finit par s’enfuir, et dans cette fuite même on entend déjà Chestov qui approuve et hurle à la suite. Pourquoi s’en étonner, quand la raison au cours des siècles a stérilisé à ce point l’étonnement, sinon la colère ou la joie (on peut préférer cette autre face) d’être ? « Alors naît en l’homme la ferme résolution de rompre une fois pour toutes avec cette alliée pitoyable et spécieuse. »

 

 

D’une étude l’autre, d’un livre l’autre, Chestov fait toujours le même procès. Comme si chaque homme n’avait qu’une chose à dire, à démêler de lui-même et puis à dire. Convaincu de son bon droit, peu raisonnable, mais il s’en vante, Chestov assène et n’assoit rien. Et les coups de gueule au cœur de la philosophie, dans la chère promenade de Kant et sous la fenêtre mal fermée de la raison d’Auguste Comte, cela lui va. Il cherche aussi des alliés, des appuis, des signes en chair et en os, pour avancer là où il n’y a pas de chemin, entrer là où il n’y a pas de porte, puisque chaque homme est le chemin qu’il doit tracer et la porte qu’il lui faut ouvrir, faute de quoi sa propre géhenne l’engloutit. « Tandis que ce qu’il trouve en lui-même est à tel point insolite, sordide, désordonné, chaotique, extravagant, repoussant, que tout cela doit être voué à la destruction, à l’anéantissement. Tchekhov a décrit incomparablement ce genre d’états d’âme. » Pas seulement Tchekhov, bien sûr, et pas seulement la littérature russe. Chestov ira voir aussi du côté d’Ibsen.

 

 

Il ne peut y avoir d’école d’art selon Chestov, pour qui « tout écrivain original se pose toujours, envers et contre tous, son propre but ». Il y a d’abord quelque chose qui se brise en un homme et devient l’encre de son écriture. Et s’il écrivait déjà avant, ce sera une autre écriture. Tchekhov, par exemple, passe d’un humour inoffensif au « chantre de la désespérance. Il tuait les espoirs humains ». Si l’on s’en tient à cette perspective chestovienne, chaque artiste commet en quelque sorte, aux yeux de la société, une transgression, un crime. Et la société finit, sous le bruit même de ses applaudissements, il est vrai de plus en plus teintés de réticences, par s’en venger. Aussi, la mort de Pouchkine apparaît comme le châtiment qu’exercent les classes dirigeantes pourries. Celle de Tolstoï, c’est le poids honni de ces mêmes classes (dont Tolstoï, riche propriétaire, fait partie, et c’est bien là son déchirement) que ne supporte plus et rejette le penseur comme l’écrivain.

 

 

Au milieu de tout cela, Chestov n’écrit pas : il commence par jeter les habituels encriers. Il n’est pas pour les prudences, même si en passant il interroge Renan, mais il préfère asséner (et comme il s’y montre à l’aise !) ses coups de boutoir. Non, il n’a pas la passion de l’ingratitude. Vaincu, il serait plus heureux que son vainqueur. D’ailleurs, il ne tente pas de vaincre, mais coûte que coûte veut chercher, tel un lion qui, avec dans la gueule une proie qu’il refuse de lâcher, continuerait son étrange chasse dont il ne sait rien à vrai dire. Sauf qu’elle doit être, et que la raison qui exige qu’on l’arrête ne nous apporterait pas la paix. C’est alors qu’une fois de plus, à la lecture de Chestov, lui aussi infatigable « chercheur de trésors cachés », nous suivons son effort, nous entendons quelque chose qu’il brise là même où Tchekhov répétait « je ne sais pas », nous voyons cette fracture devenir son encrier… Non, décidément, même un chien vivant ne vaudrait pas mieux ici que ce lion mort depuis 1938. Et l’on ne sait pourquoi.

 

 

Christian Mouze

 

 

 

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24/08/2018

Penseur religieux et précurseur de l'existentialisme:

 

 

 

 

 

 

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Søren Kierkegaard a conçu une philosophie du choix: 

 

 

 

 


« Je fus élevé sévèrement depuis l'enfance dans la considération que la vérité doit subir la souffrance, être outragée, insultée. » D'une austérité ainsi glaciale, la pensée de Søren Kierkegaard est aussi -paradoxalement- l'une de celles qui a accordé à l'expression des sentiments intérieurs la considération la plus haute. Philosophe religieux, c'est à une conception du christianisme comme via dolorosa, comme épreuve d'une vie pieuse jalonnée de sacrifices et de souffrances qu'il a consacré son existence. S'opposant fermement au luthéranisme d'État qui régnait alors au Danemark, Kierkegaard pose une exigence de la foi et de l'authenticité qui ne souffre aucun compromis avec le monde. Le christianisme kierkegaardien se veut sans médiation, sans institution, presque sans Église. Cette posture le conduira à décrire la vie intérieure comme une conscience tiraillée entre le doute, le péché et la perpétuelle dramaturgie du choisir. La foi se présente dès lors comme une voie royale pour explorer l'intériorité. Kierkegaard est ainsi devenu l'un des premiers grands philosophes de l'introspection individuelle. C'est d'ailleurs à cet aspect de son œuvre que Kierkegaard devra d'être reconnu par la postérité, faisant de lui le précurseur, avant l'heure, du courant existentialiste. Toujours en quête d'une vérité « pour moi », qui n'est pas celle des grands systèmes universels à l'instar de René Descartes ou Georg Hegel, mais celle pour qui il y va de « moi-même ». Pourtant, la conscience individuelle ainsi émancipée se heurte inévitablement au vertige de la liberté c'est-à-dire du choix. Face à l'angoisse d'exister dans un monde où l'expression d'un choix individuel est déterminante, l'homme kierkegaardien endure le désespoir comme un fardeau constitutif à sa condition d'humain. « Être soi » devient le défi existentiel par excellence, celui qui consiste à se tenir au seuil d'une infinité de possibilités et, dans un « saut » fondateur, à assumer jusqu'au bout tous les risques d'une décision.

 

 

Maisons closes et ivresse:

 

 


Le 5mai 1813, Søren Kierkegaard, petit dernier d'une famille de sept enfants, originaire d'un petit village de l'Ouest du Jutland, vient au monde. Âgé de 53 ans, son père est un homme taciturne et mélancolique. Sorën n'a que 6 ans quand une série de décès vient emporter tour à tour ses frères et sœurs. Seuls son frère aîné et lui survivent. Convaincu qu'une malédiction pèse sur la famille, le père veut assurer le salut éternel de son dernier-né, au cas où il devrait mourir lui aussi prématurément. L'éducation religieuse de Sorën sera alors hantée par l'image du Christ agonisant sur la croix. Profondément atteint et indigné par l'injustice du sort de Jésus, Sorën se forge alors une conception de l'humanité pécheresse et plus rien désormais -ni l'idée de la Résurrection ni celle de la Rédemption- ne viendra l'éloigner de sa fascination pour l'intransigeance sacrificielle de la foi. Toute sa vie, il cherchera à appréhender la souffrance comme l'épreuve fondamentale du chrétien, se considérant si ce n'est comme témoin de la vérité, martyre de son temps. Car Kierkegaard ne tardera pas à s'opposer au christianisme officiel du Danemark à qui il reproche un manque d'authenticité. Son christianisme à lui ne peut être l'objet de compromis avec la société. Il impose l'isolement et la solitude.

 

 


À 18 ans, Kierkegaard connaît ce qu'il a appelé « le tremblement ». Un soir, son père ivre lui aurait dévoilé un secret, la famille serait « maudite »  : voilà ce qui serait la cause de tous ces décès... Kierkegaard a vécu cette « révélation » comme un choc. En proie à de terribles crises d'angoisse, il fuit le foyer paternel. Commence alors pour lui une vie de débauché. Il fréquente les maisons closes, dilapide son argent à faire la fête et rentre ivre quasiment tous les soirs. Il découvre le Don Juan de Mozart et joue les dandys séducteurs. Ce changement radical de mode d'existence joue un rôle capital dans la pensée kierkegaardienne où déjà s'annonce sa théorie du « saut », à l'origine de celle des « stades de l'existence » (encadré p.56), et en l'occurrence, ici, celui du « stade esthétique ». Criblé de dettes et repentant, il revient un an plus tard le 8août 1838 chez son père juste avant son décès. « Mon père est mort (...). J'aurais tellement aimé qu'il eût vécu quelques années de plus, et je regarde sa mort comme l'ultime sacrifice de sa part à son amour pour moi. » Kierkegaard reprend alors à ses études  : en juillet1840, il obtient le certificat de théologie requis pour exercer comme pasteur. Lors d'un pèlerinage dans le village de son père, il rencontre Regine Olsen, une belle jeune fille de 17 ans dont il tombe éperdument amoureux. Les voilà bientôt fiancés. Cette rencontre marquera à jamais sa vie et son œuvre. Mais, après avoir entretenu une relation épistolaire passionnée, Kierkegaard se rétracte soudainement, juste avant le mariage. Il renvoie la bague de fiançailles à Régine accompagnée de ce mot  : « En Orient, l'envoi d'un cordon de soie signe pour le destinataire son arrêt de mort  ; ici, l'envoi d'un anneau signe l'arrêt de mort pour celui qui l'envoie. »

 

 


Tout le petit monde de l'aristocratie danoise, dont Kierkegaard fait partie, condamne son geste. Le jeune homme s'enfuit à Berlin pour éviter de subir le scandale. Mortifié par la rupture avec Regine qu'il aime pourtant profondément (« ce que j'ai perdu, c'est la seule chose que j'aimais »), il s'interroge sur le sens de son choix. Il en conclut qu'un pacte plus grand, « un pacte de larmes » le lie avec Dieu. Cet amour sacrifié sur l'autel de sa vocation religieuse a quelque chose d'amèrement ironique quand on sait que par la suite, Kierkegaard ne cessera de faire l'apologie du mariage comme l'emblème du « stade éthique » de la vie.

 

 

L'existence comme possibilité:

 

 


À Berlin, Kierkegaard va suivre les cours de Friedrich von Schelling et l'enthousiasme un temps avant de s'en détourner. Les Lumières allemandes (l'Aufklarüuml ;ng) affirmaient le pouvoir de la raison comme principe autonome et opposé à l'obscurantisme religieux. Mais le nouveau courant romantique, opposé aux Lumières, a vu le jour. Pour les romantiques, dont Johann Fichte est le principal représentant, la raison est infinie comme le sont la suite des nombres qui s'ajoutent les uns aux autres dans une suite logique. Considérer la raison comme infinie revient à faire du monde un mouvement rationnel qui avance d'une étape à une autre sous le joug de la nécessité de sorte qu'il devient possible de déduire l'étape qui va suivre de manière a priori, c'est-à-dire sans avoir recours à l'expérience. Pour Kierkegaard, cette façon d'envisager le monde comme un grand système qui engloberait tout dans une dynamique homogène nie l'individu et sa liberté. Un système ne pourra, dès lors, jamais rendre compte de l'expérience individuelle car elle exclut toute idée de contingence. Or, pour Kierkegaard, l'être humain est pure contingence. Contre l'effort des milieux intellectuels danois pour réconcilier le christianisme avec la spéculation hégélienne, qui prétendait fonder la foi en raison, Kierkegaard oppose l'impuissance fondamentale de la raison à élucider le mystère qui lie un individu à la révélation divine. Aucune explication objective ne peut s'aventurer, sans se compromettre, dans l'intimité d'une conscience.

 

 


Pierre angulaire de la pensée de Kierkegaard, le « possible » est à la base de l'existence humaine. Pour lui, l'homme ne se contente pas de vivre, c'est-à-dire de naître et de mourir, il existe c'est-à-dire que sa présence l'engage dans le monde. Dès lors, il n'est pas soumis à des contraintes naturelles qui le poussent à agir de telle ou telle façon. L'homme est pour lui une contingence pure qui a pour seule nécessité celle de devoir choisir constamment sa vie. Car exister, c'est choisir et cette liberté est la condition métaphysique de l'homme. Condamné à faire des choix, l'homme se singularise, presque malgré lui, et devient individu. Ce champ infini de possibles qui s'offre alors à lui n'a pourtant rien de bienheureux. Au contraire, il prend la forme d'un abîme sans fond  : un vertige métaphysique. Si rien ne m'oblige ni ne m'incite à choisir ceci plutôt que cela, comment choisir  ? Comment être sûr de ne pas se tromper  ? Derrière chaque choix, se cachent toujours la potentialité d'un bonheur et celle d'un malheur. Voilà comment l'expérience de la liberté devient paralysante plutôt qu'émancipatrice. Elle devient malaise, doute et tourment. Elle devient angoisse.

 

 


Dans Traité du désespoir (1849), Kierkegaard s'interroge sur le rapport qu'entretient l'individu avec lui-même lorsqu'il éprouve la difficulté de l'injonction à « être soi ». Être totalement libre  ? Se sentant incapable d'un tel engagement, l'homme se met à désespérer de lui-même, trop conscient du piège existentiel dans lequel il se trouve irrémédiablement. Pour Kierkegaard, s'extirper du désespoir ne peut jamais venir de nous-mêmes mais forcément d'une force extérieure. Ainsi en est-il de la foi en Dieu. Cependant, l'acte de foi n'a lui-même rien de serein. Il ne satisfait jamais les exigences intellectuelles, ne délivre aucune certitude. Il est précisément « choix » au sens le plus noble du terme. Celui qui implique de prendre et d'assumer les risques de l'existence à son compte. Au fond, il ne s'agit pas pour l'homme existentiel de choisir telle ou telle chose mais d'avoir le courage de « vouloir choisir », c'est-à-dire d'accepter une responsabilité. Pour le penseur, on décide quelque chose comme on saute dans le vide. Cette radicalité de la décision tranche dans les choix à la manière d'un couperet.

 

 

De l'esthétique à l'éthique:

 

 

 

Revenu à Copenhague, Kierkegaard publie Ou bien... ou bien (1843) sous un pseudonyme (comme toutes les œuvres philosophiques qu'il écrira ensuite) dont le succès ne se fera pas attendre. Dans cet ouvrage, il décrit l'alternative qui se pose entre un mode de vie esthétique et un mode de vie éthique  : « ou bien » celui de l'esthète « ou bien » celui de l'éthicien. La première partie de l'œuvre, consacrée à la vie esthétique est un composé de plusieurs écrits compactés en un seul. On y trouve notamment Le Journal d'un séducteur (1843), célèbre roman épistolaire où Johannes, sorte de Don Juan moderne, cherche à séduire la belle Cordélia avant de l'abandonner lorsque celle-ci tombe amoureuse... Ce scénario n'est pas sans rappeler la relation qui liait Kierkegaard à Regine, séduite et abandonnée à la veille du mariage. La seconde partie décrit le choix de « l'éthicien » qui a accepté une responsabilité envers lui-même.

 

 


Après ce livre, commence alors une période extrêmement prolixe où Kierkegaard, profitant d'une aisance matérielle, se consacre entièrement à son œuvre. Il révèle alors tous ses talents d'écrivain, dans une œuvre où se mêlent réflexions philosophiques, récits, poèmes et théologie. En six ans, il publie Crainte et tremblement (1843), La Répétition (1843), Miettes philosophiques (1844), Du concept d'angoisse (1844), Étapes sur le chemin de la vie (1845)... tout en continuant à tenir scrupuleusement son journal. Ayant accédé à la célébrité, (il est reconnu par les badauds dans les rues de la capitale), il sera aussi la risée de Copenhague, suite à la publication d'un numéro du Corsaire, journal satirique très en vogue qui le tourne en ridicule. Un jour, il apprend le mariage de Regine avec Fritz Schlegel, ruinant son espoir caché qu'elle lui reste fidèle en pensée  ! Ses multiples tentatives de la revoir, avant qu'elle suive son époux aux Antilles, se soldent par de froids adieux échangés sur une place publique, où il ne parviendra finalement pas à prononcer le moindre mot. Quelque mois plus tard, Kierkegaard tombe gravement malade  : replié sur lui-même, il refuse alors toute visite, même celle de l'évêque venu lui proposer une ultime réconciliation avec l'Église. À 42 ans, Kierkegaard s'éteint, seul et ruiné. Sur son lit de mort, Regine, « écharde dans la chair », le hante toujours  : « Elle a été l'aimée. Mon existence sera l'exaltation absolue de la sienne, mon activité littéraire pourra aussi être considérée comme un monument à sa gloire et à sa louange. Je l'emporte avec moi dans l'histoire. »

 

 

L'angoisse, un concept clé:
 

Concept clé dans la pensée existentialiste, l’angoisse a été introduite en philosophie par Søren Kierkegaard pour désigner ce que ressent l’homme lorsqu’il prend conscience de sa situation dans le monde. Pour Kierkegaard, jamais l’homme n’aura accès à la vérité absolue, à la transcendance pure. Il ne peut ainsi jamais être assuré de quoi que ce soit. Il est condamné à choisir sans jamais obtenir la certitude que son choix est le bon. La foi est alors le seul recours. Elle est une certitude subjective de la vérité. Il s’agit de savoir ce qui est vrai non pas en soi mais pour soi. Dans Le Concept de l’angoisse, publié en 1844, sous le pseudonyme Vigilius Haufniensis, le penseur présente l’angoisse comme un sentiment qui, contrairement à la peur, n’a pas d’objet déterminé. L’angoisse réside en réalité dans le rapport qu’entretien l’homme avec la nécessité de choisir entre une multitude de possibilités, propres à sa condition. L’angoisse est l’expérience de la liberté vécue comme un vertige. C’est pourquoi il est bien plus pertinent d’étudier ce sentiment, non pas philosophiquement, c’est-à-dire comme un concept, mais psychologiquement, comme un sentiment.

 

 

Le père de l'existentialisme ?
 
 

Longtemps tenu à l’écart de la philosophie, l’œuvre de Søren Kierkegaard a connu une véritable renaissance avec l’essor du courant existentialiste après la Seconde Guerre mondiale. En opposition farouche aux grandes spéculations métaphysiques, Kierkegaard cherche à penser l’être humain dans son existence concrète, c’est-à-dire dans son expérience personnelle. Qu’est-ce donc qu’exister pour un être humain ? Telle est la question kierkegaardienne par excellence que reprendra à son compte Jean-Paul Sartre pour qui la question clé de la philosophie est celle de l’engagement et de la responsabilité face à la liberté. ?

 

 

Martin Heidegger avait mentionné Kierkegaard plusieurs fois dans Être et Temps (1927) mais il le fait uniquement pour l’opposer à Georg Hegel et lui reprocher son absence de rigueur. Cependant, de nombreux concepts semblent témoigner de la parenté de pensée qui lie les deux penseurs : l’angoisse, idée largement développée dans Être et Temps ou « le saut » que Heidegger évoque dans son cours « Le principe de raison de Leibniz ». Emmanuel Levinas écrira même qu’« il est possible que derrière chaque phrase de Heidegger, il y ait du Kierkegaard ». ?

 

 

Kierkegaard a influencé aussi Karl Jaspers à travers sa conception de l’existence individuelle, conçue comme unique, face au dilemme de la vie en commun : si chaque individu est singulier, comment les individus peuvent communiquer entre eux ? Si la vérité est intimement liée à ma seule personne, puis-je la mettre en parole sans l’altérer ? 

 

 

Gabriel Marcel, représentant de « l’existentialisme chrétien », reprendra du philosophe danois le concept « d’alternative ». Quand à Emmanuel Mounier, figure du catholicisme social, il ira jusqu’à émettre l’espoir de « réconcilier Kierkegaard et Marx ».

 

 

L'esthète, le chic type et le croyant
 
 

Dans Étapes sur le chemin de la vie (1845), Søren Kierkegaard présente trois profils d’existence. Aucune n’est compatible avec les autres de telle sorte qu’aucune synthèse n’est possible .

 

 

Le stade esthétique?

 

Incarné par Johannes, personnage masculin du Journal d’un séducteur (1843), le stade esthétique est dominé par la figure du séducteur. Celui-ci, obsédé par la recherche du plaisir, ne veut vivre que dans l’instant. Il correspond au mode de vie du Don Juan qui après avoir séduit une femme en désire immédiatement une autre. Pour Søren Kierkegaard, « l’esthète » est un Narcisse qui veut à tout prix se différencier, car il veut tout et maintenant. Il reste suspendu au-dessus d'une multitude de possibilités et renonce à choisir. Renonçant à s’engager durablement, il revendique sa subjectivité, son indécision, qui est aussi une forme de liberté absolue.?

 

 

Ce portrait de l’esthète en libertaire hédoniste, on pourrait le retrouver à d’autres époques de l’histoire. À Athènes par exemple avec Calliclès, qui prône la jouissance immédiate des plaisirs. À l’époque contemporaine, on pourrait retrouver le portrait de l’esthète au cinéma, James Dean dans La Fureur de vivre (1955), ou dans le roman (par exemple American Psycho, 1991). Le stade esthétique fait songer à toutes ces formes contemporaines de plaisir débridé dont, par exemple, Ibiza ou le credo du « jouir sans entraves ». Selon Kierkegaard, la désinvolture de l'esthète s’accompagne d’une attitude ironique face à l’existence.?

 

 

L’ironie – sujet auquel Kierkegaard consacre sa thèse de doctorat – consiste à refuser le sérieux de l'existence. Mais cette attitude a quelque chose de tragique et désabusé. L’esthète est un désabusé et son ironie est une façon d’exprimer le décalage entre nos idéaux et la réalité, toujours décevante. La recherche de la jouissance a quelque chose de désespéré. Voilà pourquoi le mode de vie « esthétique » ne peut finalement satisfaire. Il n’est au fond qu’une fuite en avant ne débouchant sur rien. Les plaisirs se succèdent et se ressemblent. Un sentiment de répétition inutile s’empare alors de l’esthète et le conduit à la « mélancolie » (que l’on appellerait aujourd’hui la dépression). Pour Kierkegaard, il faudra bien un jour mettre un terme à cette forme de vie qui ne mène a rien. Et pour lui, cet abandon ne se fera ni par changement progressif, ni par un simple dépassement à la manière d'une dialectique. Il s’agit de réaliser un véritable « saut », c’est-à-dire prendre une décision ferme et radicale.?

 

 

Le stade éthique?

 

Alors que l’esthète ne veut renoncer à rien et veut jouir de tout, l’éthicien lui, veut « fixer » sa vie. Au stade éthique, l’individu devient adulte. Il a fait le choix de l’engagement et de la fidélité. Il a compris que le jouisseur, qui se croit libre en cherchant à satisfaire ses seuls désirs immédiats, se soumet en fait passivement à eux : il devient un esclave. Le « stade éthique », correspond à une renonciation à une vie d’exception pour choisir une vie plus humble et ordinaire. L’« éthicien » de Kierkegaard correspond à la vie rangée des « gens biens », du bon père de famille, du bon mari, de la bonne épouse, du bon citoyen… Autant le séducteur du stade esthétique se révèle égoïste et narcissique, autant la personne au stade éthique privilégie le sens du devoir. Cette morale du « chic type » vénère la fidélité (à son compagnon ou sa compagne), la loyauté (envers son pays, son entreprise, son clan). Son rapport au temps, à l’argent diffère fondamentalement du « flambeur » qu’est l’esthète. L’un est cigale, l’autre fourmi. L’un dépense sans compter, l’autre l’épargne. L’un vit au jour le jour, l’autre songe à l’avenir et construit patiemment ses projets et plans de carrière. ?

 

En s’engageant dans l’existence concrète, l’éthicien se plie aux règles sociales et accepte de composer avec elles. Le mariage incarne pour Kierkegaard le symbole de cette vie éthique. En se mariant, l’éthicien officialise sa promesse de fidélité à l’autre en lui donnant une dimension civile. Ce n’est pas pour autant une renonciation à tout romantisme et à toute notion de plaisir. Mais le celui-ci doit rester dans les normes et la maîtrise de soi. Kierkegaard insiste sur le fait que ce choix de vie n’est nullement une forme de soumission : car respecter des règles de vie est aussi un choix de vie qui échappe à l’automatisme du devoir. L’esthète croyait trouver sa liberté dans le désir, et tombait vite dans l’esclavage. L’éthicien, lui, semble se soumettre aux conventions : en fait il fait triompher sa liberté en s’engageant de lui-même dans une vie quotidienne moins glorieuse mais dirigée par les règles qu’il s’est définies lui-même. Celui qui a renoncé à son statut d’homme exceptionnel – en se mariant, en assumant peut-être une famille, des responsabilités sociales – se révèle finalement le plus extraordinaire des deux. ?

 

 

Le stade religieux?

 

Après avoir épuisé lui-même les illusions du stade esthétique, comme Le Journal du séducteur en témoigne, Kierkegaard aurait voulu réaliser le « stade éthique ». Il n’y est pas parvenu. Il ne s’est pas marié, n’a jamais su avoir un rapport aux autres serein, ni même assumer une position sociale stable et assurée. Il est mort seul et ruiné. C’est que Kierkegaard est convaincu de porter en lui un rapport à Dieu qui l’empêche d’appartenir tout à fait à la société. Le « stade religieux » est pour Kierkegaard, le troisième mode d’engagement de l’existence humain. Il ne s’agit plus de se vouer à soi (stade esthétique), aux autres (stade éthique), mais se consacrer tout entier à une transcendance. Cette relation au divin condamne tout compromis avec la société. Rompre ses fiançailles avec Régine n’a pas eu d’autre sens. Ce sacrifice au nom de la foi est « l’expression de l’abandon le plus absolu ». Entrer en relation avec l’absolu implique forcément une rupture avec les autres. Aujourd’hui, le mysticisme ou le fondamentalisme religieux qui impose le sacrifice de soi représenteraient cette forme d’engagement absolu. Par extension, cette ascèse mystique peut se transposer à tous ceux qui décident de s’engager de façon absolue, dans n’importe quel type de transcendance : idéal scientifique, philosophique, artistique, sportif au détriment de son plaisir immédiat ou des contraintes de son milieu.

 

Louisa Yousfi

 

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03/07/2018

IL Y A CENT ANS, LA FRANCE :

 

 

 

 

 

 

 LA FRANCE CONSIDÉRAIT ALBERT SCHWEITZER COMME UN ESPION…

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
Journaliste
 
 
 
 
 

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

 
 
 
 
 
 

Il est minuit, docteur Schweitzer. On se souvient de ce titre de Gilbert Cesbron qui l’avait fait connaître momentanément en 1952 au public français. Aujourd’hui, comme le chante Dutronc, il serait plutôt « mini, Dr Schweitzer », sous nos latitudes hexagonales, tant l’aura du « grand sorcier blanc » reste confidentielle. Mais celui que Life désignait, dès le 6 octobre 1947, comme « le plus grand homme du monde », le Dr Schweitzer, restera largement méconnu en France, à l’exception de son Alsace natale. Il est pourtant de la même famille que celle de l’ancien PDG de Renault ou du grand-père de Jean-Paul Sartre…

 

 

 

 

L’hôpital-village qu’il a créé à Lambaréné au Gabon dans la forêt équatoriale à partir de 1913 le fera connaître dans le monde entier comme un visionnaire, alors qu’au pays de Voltaire, l’Alsace étant alors allemande, il sera considéré plutôt comme un espion à la solde de l’Allemagne. C’est en jouant une fugue de Bach que Schweitzer apprendra le déclenchement de la guerre en Europe le 5 août 1914, quand l’administrateur français au Gabon vint lui signifier : « En tant que ressortissant allemand, vous êtes en état d’arrestation. À partir d’aujourd’hui, interdiction vous est faite de quitter votre domicile, de communiquer avec l’extérieur et d’exercer la médecine. » En septembre 1917, Albert Schweitzer et son épouse sont même arrêtés, considérés comme prisonniers de guerre et envoyés en France, où ils seront internés jusqu’en 1918 dans un camp de prisonniers civils à Notre-Dame-de-Garaison dans les Hautes-Pyrénées.

 

 

 

 

Mais la suspicion envers Schweitzer ne s’arrêtera pas… Après l’armistice, redevenu français, il envoie de nombreux colis à ses amis allemands qui subissent un rationnement sévère ; la police française  le soupçonne de sentiments pro-allemands et le met sous surveillance durant les années 1919-1921. On le voit, les Français longtemps l’ont pris pour un Allemand. Il est vrai qu’il l’a été une partie de sa vie comme tous les Alsaciens de sa génération. Il était né, en effet, en 1875, dans l’Alsace annexée du Reichsland et avait 43 ans quand il redevint français… Il fallut l’amitié de Romain Rolland et surtout un prix Nobel tardif, en 1953, pour que la France l’adoptât définitivement. Il était temps et il se faisait tard… Il était minuit moins le quart, docteur Schweitzer !

 

 

 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29/06/2018

On aurait exhumé la ville de Sodome:

 

 

 

 

Et ce n’est probablement pas un hasard si cela advient à une époque où les mœurs infâmes de cette ville détruite se répandent aujourd’hui largement dans le monde…

 

 

 

 

 

 

En effet, Sodome, la ville incarnant dans la Bible la dépravation la plus extrême (et ayant donné son nom à un vice en particulier), pourrait bien avoir été localisée par une équipe d’archéologues dans l’actuelle Jordanie.

 

 

 

« Le professeur d’études bibliques et apologétiques de l’Université de Trinity Southwest, Steven Collins est formel :  « le gigantesque site de Tall El Hamman » dans le sud de la vallée du Jourdain, à quelques kilomètres au nord de la mer Morte, réunit « tous les critères » de la ville de Sodome telle qu’elle est décrite dans la Bible, rapporte la revue scientifique Popular Archaeology.

 

 


Sodome apparaît avec sa voisine Gomorrhe, dans le livre de la Genèseainsi que dans le Livre de la Sagesse parmi trois autres cités formant « les villes de la plaine » située dans la vallée du Jourdain au sud du pays de Canaan.

 

 

 

 

 

 

Dieu, en réaction à la perversion qui régnait à Sodome, envoya deux anges pour « vérifier » si le péché était bien avéré. « La clameur qui s’élève de Sodome et Gomorrhe est immense et leurs péchés sont énormes… », témoignèrent-ils.

 

 


« Alors l’Éternel fit tomber sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de souffre et de feu ; ce fut l’Éternel lui-même qui envoya du ciel ce fléau. Il détruisit ces villes et toute la plaine, et tous les habitants de ces villes. La femme de Lot regarda en arrière, et elle se transforma en statue de sel. Abraham se leva de bon matin et se rendit à l’endroit où il s’était tenu en présence de l’Éternel. De là, il tourna ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe et vers toute l’étendue de la plaine; et il vit monter de la terre une fumée, semblable à la fumée d’une fournaise. » peut-on lire dans l’Ancien Testament (Genèse, XVIII).

 

 

 

Plus la moindre présence humaine durant 700 ans

 

 

 

Selon les textes, Sodome était décrite comme  la plus grande cité du Kikkar (la plaine fertile mentionnée dans la Bible) à l’est du Jourdain. « J’en ai immédiatement conclu qu’il convenait de chercher quel site abritait les plus grandes ruines d’une cité de l’âge du Bronze » explique le docteur Collins. Ainsi, pendant plus de dix années de fouilles, les archéologues ont sorti de terre des objets ainsi que les ruines d’une immense cité appartenant à l’ère du Bronze (3500 – 2350 av. J.c.), en particulier un mur d’enceinte de plus de dix mètres ainsi que des tourelles défensives. « Une réalisation remarquable qui a demandé des millions de briques et, évidemment, un grand nombre d’ouvriers » souligne le docteur Collins. En comparant ces découvertes avec celles des villes avoisinantes, il apparaît que celle-ci était 5 à 10 fois plus grande que les autres.

 

 

 


Plus étonnant encore, sur ce site, tout semble indiquer que l’activité humaine s’est éteinte pendant 700 ans… »

 

 

 

 

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