25/10/2013
BRÊVE HISTOIRE DE MAZAMET (3).
Une place textile en pleine expansion a besoin de plus en plus de laine. En Argentine, les peaux de moutons pourrissent sur place. Un mazamétain installé près du Rio Plata organise des expéditions vers sa ville natale. Les usines de fabrication textile se dotent d'une annexe pour traiter les peaux. Un nouveau procédé permet de récupérer la laine sans abîmer le cuir. Des usines spécialisées dans le délainage sont construites, d'autres se reconvertissent dans cette activité plus lucrative que le textile. La vallée de l'Arnette devient " la route des usines", des mégisseries apparaissent pour traiter le cuir.
La petite ville enclavée est devenue aux mains des industriels protestants une championne du commerce international. Elle va le rester de 1880 à 1980. Le développement des échanges provoque l'installation d'usines de plus en plus haut dans la vallée de l'Arnette et d'autres ouvriers arrivent des hameaux et des métairies de la montagne. Salariés dans l'industrie du délainage, ils sont aussi paysans. C’est un milieu traditionaliste encadré par l'église catholique. Ils vont rendre la famille Reille toute puissante au point d'imposer sa devise sur la façade de la mairie de Saint-Amans Valtoret.
Le champion des protestants, Edouard Barbey (1831-1905), petit fils de pasteur, fils d'industriel deviendra bien maire de Mazamet et sénateur mais échouera sans cesse aux législatives contre le baron Reille. Nous retrouvons le paradoxe d'un patronat plus à gauche que les ouvriers. Mais, est-ce vraiment un paradoxe ? Et qu'en est-il aujourd'hui ?
La fin du XX siècle sonne le déclin de l'industrie du délainage, la prospérité de la ville s'écroule et le chômage s'installe.
Pasteur Blanchard
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22/10/2013
De la Gnose au Graal. Aperçus sur une tradition initiatique
Tels sont les titre et sous-titre du dernier ouvrage du professeur Lozac’hmeur, consacré au mystérieux conte du graal.
« Voyageant à travers le temps et les continents, ce travail universitaire pointu lève le voile sur l’une des plus célèbres énigmes ! »
176 p. 16 €. Editions des Cimes. Disponible ici.
4e de couverture :
« Le jeune Perceval, « le Fils de la Veuve », a été élevé par sa mère comme un sauvageon dans la forêt galloise.
Il assiste un jour au château du Roi Pêcheur à un étrange cortège où l’on porte une lance qui saigne et un plat mystérieux, le Graal, d’où émane une lumière éblouissante.
Intimidé, il n’ose poser aucune question et découvre trop tard que s’il avait demandé des explications, tous les hôtes du château et lui-même auraient connu un bonheur ineffable.
On ne saura jamais avec certitude ce que sont ces objets, Chrétien de Troyes, l’auteur du roman étant mort (vers 1185) avant d’avoir pu achever son récit.
Telle est la fameuse Énigme que depuis plus d’un siècle la critique érudite s’efforce de résoudre et autour de laquelle se développa au Moyen Âge l’immense cycle du Graal. Trois types de solutions ont été jusqu’ici avancées, selon que l’on a vu dans la procession chez le Roi Pêcheur une cérémonie eucharistique, une initiation manquée ou une scène empruntée à la mythologie celtique.
Après avoir reconstitué dans un précédent ouvrage (L’Énigme du Graal, éd. Mens sana, 2011) le schéma narratif universel dont dérive la légende de Perceval, l’auteur conduit dans cette étude la démarche à son terme.
A partir des données convergentes de mythes tels que ceux de Prométhée, d’Héphaïstos et de Cronos, il décrypte l’enseignement initiatique transmis par le récit originel et révèle l’identité du dieu dont le mystérieux Roi Pêcheur est la transposition.
L’auteur :
Médiéviste et celtisant, Jean-Claude Lozac’hmeur a enseigné la langue et la littérature françaises du Moyen Âge de 1970 à 1998 à l’université de Rennes II. »
10:30 Publié dans Spirituel | Lien permanent | Commentaires (0)
18/10/2013
BRÊVE HISTOIRE DE MAZAMET (2).
Au XVI ème siècle, Mazamet était une simple bourgade qui vivait de l'artisanat du textile. Ce petit peuple d'artisans et de marchands circulait pour vendre sa production. Côtoyant des prédicateurs calvinistes, il est peu à peu gagné aux idées de la réforme. Le protestantisme s'installe dans la cité.
Mazamet étant loin du pouvoir royal, les protestants jouissent d'une certaine autonomie. De plus, les mesures qui les excluent de diverses charges ne font que fortifier leur investissement dans l'industrie textile. La ville ne connaîtra pas la répression qui va s'abattre sur les Cévennes. Et après une période de relative tolérance, en 1787 la liberté religieuse est reconnue.
Tout au long du XVIII ème siècle, la fabrication locale mérite la flatteuse réputation acquise dès 1708. Il sera même dit qu'on y travaille "à la perfection". Le progrès technologique s'accélérant, en 1780 l'intendant du Languedoc Ballainvilliers affirme, "la ville de Mazamet possède une des plus florissantes manufactures de la province". Par le démarchage de ses représentants, Mazamet élargit ses filières et s'implante sur les marchés de Paris et Londres.
Maintenant, le travail va se concentrer dans les usines. Il n'y a pas besoin de moteurs à vapeur, ni de charbon coûteux, l'eau de l'Arnette suffit pour actionner les nombreuses machines hydrauliques. Pierre Olombel, son gendre Houlés, puis le gendre de celui-ci Cormouls, tous protestants se trouvent à la tête du mouvement, suivis par de nombreux autres.
En 1851, la nouvelle industrie de délainage prend son essor. A cette époque, la ville compte dix mille habitants, sept mille dans l'agglomération et trois mille dans la montagne. Les protestants représentent 31%. Cette proportion ira en décroissant avec l'arrivée d'une main d'œuvre catholique, attirée par le travail dans les usines. Mais, 84% des grands patrons restent de religion réformée comme 80% des petits patrons et 60% des cadres. Les mariages mixtes sont rares et ces différences sociales expliquent que la majorité des domestiques dans les familles protestantes, sont des catholiques.
09:45 Publié dans Racines | Lien permanent | Commentaires (0)
15/10/2013
L’idée d’un Dieu Créateur : une perspective nouvelle pour l’exégèse
Dominique Tassot
le milieu culturel et la personne de l’écrivain qui a prêté sa plume au divin Inspirateur de la
Bible. Mais derrière cette analyse méthodique, garante d’une lecture plus sûre de l’Ecriture,
transparaît une technique trop facile pour éviter tout conflit avec la science. Dès qu’un
passage évoque des faits hors de notre portée (le Déluge, le voyage de Jonas, Josué arrêtant le
soleil, etc.), l’exégète s’efforce de montrer que le style est « légendaire » ou « poétique », non
parce que le vocabulaire ou la syntaxe l’y contraignent, mais par rejet réflexe d’un surnaturel
auquel on ne croit plus. Or si l’Auteur principal de l’Ecriture est aussi le Créateur des êtres,
donc de l’écrivain sacré lui-même, ce n’est plus ce messager qui doit expliquer le message
mais, à l’inverse, le message qui rend compte de l’auteur secondaire. Ce renversement de
perspective suffit à résoudre nombre de prétendues « difficultés » ; surtout il rétablit l’exégète
(et son lecteur) dans un rapport juste envers Dieu et une humble écoute de Son message
universel.
La théorie des genres littéraires est au coeur de l’exégèse moderne : elle
ouvre la porte à tous les accommodements avec les affirmations de la science ;
elle libère l’exégète du « carcan » de la théologie ; elle renforce l’idée d’une
évolution progressive de l’humanité.
Certes on trouve d’un livre de l’Ecriture à l’autre des différences de style et
de vocabulaire qui invitent à les classer dans un « genre littéraire » : le Cantique
des Cantiques tient de la poésie comme le Livre des Rois tient de la narration
historique. Mais il peut être téméraire de plaquer sur un texte divinement inspiré
les catégories des lettres profanes.
A neuf reprises la Genèse affirme que Dieu a créé les êtres vivants « selon
leur espèce » (lemino, en hébreu). Pour esquiver cette claire affirmation antiévolutionniste,
il est entendu aujourd’hui que ce livre fondamental relève du
« genre poétique » ou encore de la légende. Et comme le conteur s’autorise
d’embellissements, d’exagérations ou même d’invraisemblances, dès lors que la
force évocatrice, la couleur ou la vivacité du récit peuvent y gagner, il va de soi
que le récit mosaïque des premiers temps de l’univers et de l’humanité n’a rien à
nous enseigner sur l’origine des choses : cette noble tâche est désormais dévolue
à la science.
10:03 Publié dans Apolégétique | Lien permanent | Commentaires (0)
11/10/2013
BRÊVE HISTOIRE DE MAZAMET (1).
C’est au pied du versant nord de la Montagne noire, loin des ports, que Mazamet est tapie. De tout temps, la ville a été mal desservie par les routes. Et le chemin de fer ne fit son apparition que très tardivement.
Malgré ses désavantages, à partir du XIX ème siècle, Mazamet s'enrichit et étend ses relations avec le monde entier. En effet, elle importe d'Argentine, d'Uruguay, du Chili, d'Afrique-du-sud, d'Australie, de Nouvelle Zélande des peaux de moutons qu'elle transforme en cuir et en laine pour les exporter vers l'Angleterre, l'Italie et jusqu'aux Etats-Unis. Au coeur de cette extraordinaire aventure industrielle, nous trouvons la bourgeoisie protestante de la cité.
Paradoxalement, ce patronat avait des convictions "républicaines" et votait à gauche alors que la majorité des ouvriers d'origine catholique votaient pour la droite cléricale et "réactionnaire". Le baron Reille qui avait des liens avec la hiérarchie catholique était le candidat des classes populaires. Grâce à leur vote massif en sa faveur, il remportait toutes les élections. Pendant des générations, de père en fils ou d'oncle à neveu, les Reille furent élus députés, presque sans interruption, de 1869 à 1958.
Des patrons plus à gauche que leurs ouvriers, une ville enclavée devenant l'avant-garde du dynamisme industriel, une situation unique et autant de questions que nous aborderons dans le prochain article.
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