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04/07/2014

Apprendre à penser à l'école du réel

 

Jean de Rouen vient de publier une initiation à la philosophie (tome 1). Voici l'avant-propos :

 

"Le premier tome de cette initiation à la philosophie, Tout passe. Ne faut-il pas que quelque chose demeure ? comprend trois parties distinctes

 

A la découverte de la philosophie introduit le lecteur à la science philosophique : il y découvre que la philosophie est une connaissance dans ce qu’elle a de plus élevé et de plus ultime. L’esprit du philosophe épouse en effet la richesse et la densité du réel ; il s’introduit dans son intimité, pénètre ses secrets et le rejoint finalement dans ses principes les plus hauts et dans ses causes les plus profondes. 

 

Origine, balbutiements, essor de la philosophie : histoire et cheminement de la pensée grecque fait observer au lecteur, à travers les premiers bégaiements de la pensée, le questionnement et la recherche philosophique prendre forme et aboutir en s’inscrivant dans la trame et les méandres du temps, en s’immisçant dans les vicissitudes de l’histoire. Genèse et développement d’une pensée qui, trois siècles durant, va mûrir un trésor intellectuel dans lequel puisera abondamment l’âme de notre civilisation européenne.

 

Le christianisme lui-même assumera finalement les ressorts de la pensée grecque, tant il est vrai que toute théologie repose sur une structure de pensée philosophique et que la Révélation s’adresse à une intelligence formée et disposée à la recevoir. Comme la grâce se greffe sur la nature et la chrétienté s’enracine dans l’ébauche d’une cité temporelle, la Révélation suppose l’intelligence à laquelle elle s’adresse et dont elle sollicite moins l’abdication que l’adhésion. Nous admirerons en quoi et comment la philosophie grecque, portée à son achèvement par Aristote, s’avérera être le terreau intellectuel providentiellement le plus favorable et le plus fécond pour recueillir avec fruit le joyau de la Révélation chrétienne.

 

La démarche intellectuelle du philosophe : logique et méthodologie exposera les exigences intellectuelles requises pour construire et mener à son terme une réflexion philosophique. La méthodologie ainsi étudiée, qui se conforme à la démarche de l’intelligence qui opère, s’enracine dans la logique dévoilée par Aristote, laquelle sera par conséquent esquissée. Quelles dispositions l’intelligence doit-elle adopter face à une question philosophique ? L’étudiant trouvera dans cette partie les armes intellectuelles pour réaliser une dissertation ou un commentaire de texte.  

 

Quant au deuxième tome à venir, dans le prolongement de celui-ci, il consistera dans une approche notionnelle et thématique : 

 

Car la philosophie jette les plus hautes lumières de la raison naturelle sur l’ensemble des réalités, des plus communes aux plus ultimes. Elle répond ainsi aux questions fondamentales que se pose l’intelligence humaine à propos, tout aussi bien, de la nature, de l’homme, de Dieu, de la vérité, de la morale, de la politique, ou encore de l’art.

 

L’ouvrage soulèvera alors les grandes problématiques que rencontre et formule l’intelligence lorsqu’elle affronte ces différentes réalités. Ces problématiques sont l’expression de l’étonnement et du questionnement de l’homme face au réel : car l’homme, fondamentalement en quête de sens, cherche à comprendre.

 

L’ouvrage exposera ensuite les pistes de réflexions qu’apportent les différents courants philosophiques, ainsi que les divergences qui les distinguent : c’est précisément dans la confrontation des idées qu’apparaissent avec davantage d’évidence, et que sont révélés avec plus de clarté, les problèmes philosophiques.

 

Viendra enfin le temps d’éclairer la résolution des problèmes à la lumière de la tradition philosophique européenne dont la sagesse puise ses racines dans la Grèce antique.

Se dessinent alors, à travers l’étude de ces différentes notions, les grandes structures de pensée, sous-jacentes aux différents positionnements, ainsi que la vision dernière de l’homme et du monde sur laquelle elles reposent."

 

Michel Janva

09:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

01/07/2014

« Où trouver l’élément fédérateur de nos actions? Pourquoi nos idées ne mènent-elles pas le monde ? »

Jean Ousset dans les principes fondamentaux de son livre l'Action, explique comment l’unité d’un même esprit, une intelligence pratique de l’action permet de libérer les initiatives à condition de disposer des hommes formés et des outils en fonction des circonstances.

 

« Pour précieuses que soient, en effet, la diversité, la pluralité nécessaire, nous ne pouvons sous-estimer l’importance de l’union et de l’unité…

 

Mais ce fédérateur comment l’imaginer ? Quel peut-il être au degré où désormais se déroule le combat ? Combat national… et, plus que jamais, international ! Combat multiforme : philosophique et paysan ; théologique et professionnel ; culturel ; ouvrier ; familial ; scolaire, etc…

 

Ce qui explique notre scepticisme sur une synchronisation de l’action type : grand chef…

Reste la formule « concertation d’un ensemble de chefs », qui, elle au moins, sauvegarde la souplesse, la variété indispensable. L’ennui est que la formule est fragile, d’une psychologie capricieuse. La concertation pouvant être facile aujourd’hui, impossible le lendemain…

 

On le voit donc, le secret de l’union a peu de chances de se trouver dans la vertu d’une formule matérielle…Ce qui implique une communauté spirituelle, intellectuelle et morale suffisante…

 

Nous croyons, simplement, que l’élément synchronisateur doit être cherché dans l’unité d’un même esprit ! …. Dans l’établissement d’un « consensus »… autour d’un certain style d’action, d’une certaine méthode… Avec la formation que cela implique d’un certain nombre de diffuseurs, d’instructeurs de ce nouveau style d’action.

 

Elite répandue … qui, sachant voir les choses d’assez haut, « pense » l’action avec le constant souci de l’union à réaliser, autant que la diversité à maintenir…

 

Apôtres persuadés qu’ils n’ont besoin d’aucun « mandat », d’aucun « ordre à recevoir », pour faire progresser la vérité, pour se sentir responsables, pour prendre des initiatives…

Action salvatrice d’une vérité cimenteuse pénétrant tout. Car si l’erreur est innombrable et diviseuse, la vérité est une et unifiante. Il s’agit donc moins, ici, d’une proclamation magistrale du vrai que de sa diffusion, de sa libre circulation, de sa profonde pénétration…

 

Il faut que la vérité, mieux diffusée, plus clairement professée devienne la règle de notre jeu. ..  La mauvaise qualité de notre union, comme de notre action, correspond à la mauvaise qualité de notre « consensus » doctrinal.

 

*   *

D’où l’importance de cet élément coordinateur privilégié qu’est : l’action doctrinale, sinon culturelle… Elle ne consiste pas qu’à lancer des idées… elle consiste à les accompagner...

Elle est l’organisation pratique de cette circulation vivifiante, fortifiante de la vérité indispensable en chaque réseau social… Elle a pour but d’offrir à chacun le moyen de décupler la force du moteur de son action en y mettant cet élément de surpuissance… que peut être une intelligence plus pratique de l’action envisagée.

…Sa fin essentielle est la valorisation des activités sociales ou politiques par communications permanentes du surcroît de lumière et de force que ne peut manquer d’apporter, en tout domaine, une intelligence harmonieuse de l’ordre naturel et chrétien.

 

C’est par là qu’elle est, qu’elle peut être, qu’elle doit être – avec la concertation de chefs dont nous avons parlé plus haut – le plus sûr, le plus grand élément de notre unité.

 

[Mais] …s’il est vrai que « les idées mènent le monde », il est plus juste encore de faire observer qu’on ne peut dire cela de toutes les idées. Le plus grand nombre de ces dernières ne mènent rien du tout…

 

Pourquoi tant d’idées ne mènent rien du tout ? Et plus particulièrement les nôtres en ce moment ?

 

… Les idées ne se soutiennent pas par leur simple vertu …elles sont semblables aux meilleurs outils qui n’ont jamais rien accompli et n’accompliront jamais rien si quelque ouvrier ne les meut.

 

Tant qu’une idée, bonne ou mauvaise, ne trouve pas une armée pour la servir, elle reste sans effet.

 

D’où l’importance des hommes.

 

Mais, à leur tour, que peuvent-ils s’ils sont livrés à leur seule force, sans outils, sans méthode de travail ou d’action ?

 

Et que peuvent même les hommes courageux, méthodiques et bien outillés, s’ils refusent de prendre garde aux circonstances de lieu, de temps, etc.

Hommes. Outils. Circonstances.

 

En réalité ces domaines se compénètrent ... leur interaction détermine et déterminera toujours ce qu’il y a de plus important dans l’action.

 

  • D’abord… les hommes, les personnes, les réseaux sociaux. Autrement dit, les agents de l’action, les « agissants », les exécutants.
  • Ensuite… l’instrument, l’outil, les techniques, les méthodes d’action.
  • Enfin… les circonstances, l’événement, les conditions de temps et de lieu ».

 

.

Lire et télécharger dans son intégralité le premier chapitre de l'Action de Jean Ousset.

 

Au moment où des français se lèvent pour défendre la dignité de toutes les personnes et de toute la personne, en particulier des plus fragiles, que faire pour une action durable ? Ce livre est un maître livre pour bien penser l’action en fonction du but poursuivi. Tout homme ou femme d’action le lira avec profit pour inspirer son engagement. Jean Ousset est le premier en effet à avoir méthodiquement formalisé une doctrine de l'action culturelle, politique et sociale à la lumière de l'enseignement de l'Eglise pour, concrètement répondre au mal par le bien. Action de personne à personne et actions multiformes en réseau, ses intuitions sont mises en œuvre magnifiquement dans l'utilisation d'internet. A l'encontre des pratiques révolutionnaires et de la dialectique partisane, si l'amitié est le but de la politique, Jean Ousset nous montre comment pour agir en responsable, l'amitié en est aussi le chemin.

 

Le Salon Beige

09:34 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

27/06/2014

La "charte d'épouvante" d'EIIL à Mossoul

 

 

Deux jours après avoir pris Mossoul, les jihadistes distribuaient une "charte" instituant la terreur: 

 

 

 

 

 

 

"C’est une charte d’épouvante que l’Etat islamique en Irak et au Levant, Daech comme on l’appelle dans la région qui est son acronyme en arabe, a fait distribuer à Mossoul après la conquête de la ville, le 11 juin. Seize articles terrifiants qui organisent la vie du million et demi d’habitants que compte actuellement la ville.

Dans son article 5, elle promet à ceux qui «détruisent la terre», entendez ceux qui s’opposent à la volonté de Dieu, «l’exécution, la crucifixion, l’amputation des bras ou (et) des jambes, ou l’exil», avant, bien sûr, la géhenne éternelle.

 

 

Dans son article 8, elle interdit l’usage de l’alcool, du tabac et des drogues. Les femmes devront sortir le visage et le corps complètement couverts par un niqab, à la condition que «le déplacement soit nécessaire», autorisé par le père, le frère ou le mari, et accompagné de l’un d’eux.

 

 

L'article 10 interdit désormais toute manifestation publique, sous prétexte qu'elles sont contraires à l'islam. 

L'article 13 s’adresse, lui, aux statues auxquelles elle promet la destruction du fait qu’elles étaient adorées avant l’islam. Il se fonde notamment sur la destruction par Mahomet de 360 statures à La Mecque et sur la sourate Al-Maeda : «O les croyants! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du diable. Ecartez-vous en, afin que vous réussissiez.».Ce qui fait craindre que Daech s’attaque au site archéologique de Ninive, l’un des plus beaux du Moyen-Orient."

 

 

Salon beige

24/06/2014

Iran : un pasteur libéré:

 
 
 
 

 Mais un chrétien toujours maintenu en prison

 

 

Et toujours l’Iran islamique…

 

Le pasteur arméno iranien Sevada Aghasar a été relâché sous caution après avoir passé six mois à la prison d’Evin. Selon ce qu’ a appris Fides, le pasteur avait été arrêté le 21 août 2013 en compagnie de deux laïcs, Masoud Mirzaei et Ebrahim Firouzi, deux musulmans convertis au christianisme. La police les a arrêtés sans mandat ni motivation officielle mais, ainsi que le suggère un site Internet d’information des chrétiens iraniens de la diaspora, Mohabat News, la raison de cette arrestation serait liée à ses contacts sur Internet avec de nombreux chrétiens de langue farsi et à un soupçon de prosélytisme. Les autorités ne voient en effet pas d’un bon œil la diffusion du culte chrétien en langue persane (considéré comme un danger pour l’islam) alors qu’elles le tolèrent notamment en langue arménienne mais aussi dans d’autres idiomes. On notera par ailleurs que, s’agissant des deux laïcs arrêtés en sa compagnie, Masoud Mirzaei a été relâché alors qu’Ebrahim Firouzi a été condamné à un an de prison et deux ans d’exil dans la lointaine ville de Sarbaz pour « propagande contre le régime islamique ». Cette propagande consiste en fait à avoir lancé des « groupes d’évangélisation », à être en contact avec des « agents opposés à la révolution islamique en dehors du pays » et à avoir créé un site Internet chrétien.

 

Source : Agence Fides

 

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20/06/2014

Chrétiens de Syrie : l’enjeu crucial de parler d’une seule voix (2/2)

                                                                             

 
 
 
Conférence de presse : « Chrétiens de Syrie : l’enjeu crucial de parler d’une seule voix ». Seconde partie. Compte-rendu par Gilles-Emmanuel Jacquet. Photos : © Christophe Laurent

 

 

 

Le soir du jeudi 8 mai 2014, la conférence organisée par M. Michel Veuthey ainsi que Véronique Nebel au Temple de la Fusterie (Genève) peut être considérée comme historique [1] dans la mesure où dans le passé, à l’instar du schisme divisant encore l’Église Catholique Romaine et l’Église Orthodoxe, les Églises d’Orient étaient également divisées. Ces Églises sont désormais réunies dans l’épreuve terrible que connaît la Syrie et le Moyen Orient, autrefois leur berceau commun et devenu de nos jours le cœur saignant du Christianisme [2].

Venus témoigner de leur amour et soutien fraternels en Christ à leurs frères et sœurs d’Orient ainsi qu’au peuple syrien, on a pu compter la présence au premier rang des représentants des principales Églises de Romandie tels que Mgr. Pierre Farine (évêque auxiliaire Lausanne, Genève et Fribourg – Église Catholique Romaine), Mgr. Silvano Maria Tommasi (archevêque et représentant du Saint Siège auprès des Nations Unies à Genève – Église Catholique Romaine), Mgr. Michel Donskoff et le père Paul Tzvetkoff (Église Orthodoxe Russe à l’Etranger, diocèse de Genève), le père Michel Goundiaiev (Église Orthodoxe Russe), le père Goosan Aljanian (Église Apostolique Arménienne de Genève), le représentant de Mgr. Jérémie Calligiorgis (Métropolite Grec Orthodoxe de Suisse et directeur du Centre Orthodoxe du Patriarcat Œcuménique de Chambésy), Mgr. Anba Louka (Église Copte Orthodoxe de Suisse Romande), un frère de la Communauté de Saint Jean (paroisse catholique romaine de Saint François de Sales – Genève) ainsi que le chargé d’affaires de l’ambassade de Syrie et S.E. Alexandros Alexandris, ambassadeur de Grèce et représentant permanent de la Grèce auprès des Nations Unies à Genève. Couronnant cette atmosphère émouvante et quasi-conciliaire digne des premiers siècles du Christianisme, cette conférence démarra par l’hymne orthodoxe de Pâques chanté en grec et en arabe par les représentants des Églises de Syrie.

 

 

Un cri d’appel à la solidarité et à une prise de conscience

 

 

Mgr. Nazzaro commença par évoquer l’histoire des Chrétiens de Syrie, descendants directs de Saint Paul de Tarse ainsi que des premiers judéo-chrétiens ayant fui Jérusalem après la lapidation de Saint Étienne le Protomartyr. L’ancien Custode de Terre Sainte rappela également le fait que lors de son accession au pouvoir en 2000 Bashar al Assad avait exprimé sa volonté de réformer le système politique syrien tout en devant composer avec la vieille garde proche de feu Hafez al Assad et les apparatchiks du Parti Ba’as. Au cours de la décennie écoulée la Syrie s’est transformée et le nombre de touristes la visitant était en nette croissance. Les relations inter-communautaires étaient bonnes, facilitées par un régime de laïcité et tolérance religieuse permettant à plusieurs ministres chrétiens de siéger au gouvernement. Le conflit n’a pas seulement mis fin à cette convivialité à la syrienne mais aussi, par le nombre de morts ou l’étendue des destructions et des pillages, au développement économique enregistré au cours de la dernière décennie : 1500 usines auraient été pillées et leur machines envoyées en Turquie.

 

 

Mgr. Nazzaro, qui connaît bien la Syrie où il a vécu de nombreuses années, a ensuite évoqué sa visite faite aux paroisses et villages de la région du fleuve Oronte attaqués par l’Armée Syrienne Libre. Suite aux harcèlements et raids continuels des rebelles les populations locales ont été forcées de fuir comme ce fut le cas dans le village de Yakoubiyah qui était peuplé de Catholiques et d’Orthodoxes Arméniens.

 

 

Localisé dans la province d’Idlib ce village a été attaqué en janvier 2013 par les forces rebelles qui ont poussé ses habitants à l’exode, profané leurs églises et pillé leurs habitations ainsi que leurs biens [3]. Cet exode a été provoqué par la décapitation de six villageois et l’enlèvement de 20 autres [4]. Rahel, l’ancienne directrice de l’école de Yakoubiyah qui est désormais une réfugiée, a confié à un journaliste américain qu’ « Al Nusra n’était pas venu dans notre village, les gens qui sont venus étaient de villages proches et appartenaient à l’Armée Syrienne Libre » [5].

 

 

En décembre 2013 le village de Kanayé, peuplé par des Chrétiens et des Alaouites, fut également attaqué et occupé par le Front Al Nousra qui y imposa un régime de terreur comme l’a rapporté Mgr. Nazzaro : « À Kanayé, les miliciens salafistes et djihadistes de Jabhat al-Nousra ont imposé au curé de ne pas sonner les cloches. Les femmes ne doivent plus sortir dans les rues tête nue mais doivent être voilées. Si elles n’obéissent pas à de telles directives, la menace est le massacre » [6]. Le vicaire émérite avait indiqué dans une note adressée dans le passé à l’agence d’information Fides que ce drame n’est pas nouveau dans la mesure où « Nous nous trouvons face à ce qu’ils ont déjà fait dans le village voisin de Ghassanieh depuis plus d’un an. A Ghassanieh, ils ont intimé aux habitants du village de le quitter immédiatement, autrement, ils les auraient massacrés et ils ont obtenu le résultat escompté : occuper le village et ce que possédaient les Chrétiens. A Kanayé, ils n’ont pas imposé à la population de s’en aller mais de vivre sous la loi islamique » [7]. La liste des villages attaqués est longue et comme le rappelait le père Georges Louis, le curé Grec Catholique « du village de Qara, dévasté et incendié » : « Maalula, Sednaya, Sadad, puis Qara et Deir Atieh, Nebek [ou plus récemment Kassab]: les djihadistes armés appliquent un seul et même modèle : ils prennent pour cible un village, l’envahissent, tuent, incendient et dévastent. Pour les civils, Chrétiens ou non, la vie est toujours plus difficile » [8]. Dans ces villages les combattants rebelles comme ceux de l’État Islamique d’Irak et du Levant (aussi appelé Daesh) ont frappé d’interdiction les croix, statues, icônes et images pieuses, imposé le hijab aux femmes chrétiennes ainsi qu’un couvre feu. Comme l’a rapporté Mgr. Nazzaro pour ces rebelles les Chrétiens n’ont pas leur place en Syrie et dans un futur État islamique sauf s’ils acceptent de se soumettre au Pacte d’Omar et de payer la Djizîa. A Deir ez-Zor, ville historique du génocide arménien de 1915, le Front Al Nusra et l’État Islamique d’Irak et du Levant ont poussé les chrétiens à l’exode après avoir notamment attaqué en octobre 2012 puis à la fin 2013 les églises arménienne et syriaque orthodoxe de cette localité. Comme l’a rappelé Mgr. Nazzaro, « En tuant le berger on disperse le troupeau ». Les rebelles salafistes s’en prennent aux civils, aux sunnites modérés, aux minorités, leurs habitations, biens et lieux de culte mais aussi aux âmes charitables qui leur viennent en aide comme ce fut le cas avec le père jésuite Frans van der Lugt qui n’avait jamais abandonné la population de Homs et qui fut sauvagement assassiné.

La guerre a polarisé des communautés ayant cohabité par le passé et Mgr. Kawak a rappelé que le terme « Syrien » est désormais remplacé dans les médias et l’esprit de nombreuses personnes par ceux de « Musulman », « Chrétien », « pro-régime » ou « anti-régime », ce qui trahit parfois une volonté d’accentuer ces divisions. Mgr. Kawak a relaté le fait que de nombreux Musulmans se sentent concernés par la situation des Chrétiens et les exhortent à ne pas quitter leur pays. Les Chrétiens ne sont pas les seules victimes du sectarisme des groupes rebelles et ceux-ci s’en prennent également aux autres Musulmans, notamment aux Sunnites : « Une balle ne fait pas de différence entre un corps chrétien ou musulman ». Ces persécutions s’inscrivent malheureusement dans une histoire régionale douloureuse remontant aux massacres de chrétiens commis à Baabda en mai 1860, à Damas en juillet 1860, les massacres hamidiens de 1894-1897 et en particulier les massacres de Dyarbakir (1894-1896) visant les Arméniens et les Assyriens, les massacres d’Adana commis en avril 1909 contre les Arméniens, le génocide arménien de 1915 (« Aghet ») et celui des Assyrens (« Seyfo ») s’étendant des années 1890 à 1925 (on pourrait également y ajouter les Grecs du Pont et d’Anatolie). En dépit du calvaire qu’ils subissent Mgr. Kawak a exhorté les Chrétiens de Syrie à rester au pays car leur présence aidera à la réconciliation et à restaurer la paix : tant que les cloches sonneront sur la terre de Syrie chaque communauté saura que sa place y est garantie. Mgr. Kawak a également exprimé la volonté des Églises et des Chrétiens d’initier un dialogue entre tous les Syriens.

Conscients des souffrances subies par tous les Syriens et pas seulement par leurs coreligionnaires les Églises d’Occident et d’Orient apportent une aide humanitaire à toute la population comme l’a montré M. Samer Laham. 2 millions de réfugiés syriens ont fui leur pays, parmi lesquels on compte 50% d’enfants et le nombre de personnes déplacées à l’intérieur des frontières syriennes est de 6.5 millions de personnes. Au-delà du drame humain qu’ils créent, ces déplacements de population ont changé l’identité de certaines régions, créé des tensions et un phénomène de fuite de l’intelligentsia syrienne vers d’autres pays. Les Églises fournissent de l’aide à toutes les communautés et peuvent ainsi aider à la réconciliation car comme l’a rappelé Samer Laham les Chrétiens sont des bâtisseurs de pont et des artisans de paix. Le Département des Relations Œcuméniques et du Développement du Patriarcat Grec Orthodoxe d’Antioche, que dirige M. Laham, a porté assistance à 4 millions de personnes – notamment aux réfugiés irakiens – par le biais de différents programmes de soutien à la reconstruction, à l’agriculture, à l’éducation, à la formation et au développement des compétences ainsi qu’aux projets sociaux ou de développement soutenable [9]. Fondé en 1999 le DERD dispose d’une solide expérience dans l’aide humanitaire et collabore avec les différentes Églises, organisations humanitaires comme le Croissant Rouge Arabe Syrien ou le Programme Alimentaire Mondial et de nombreuses ONG locales [10].

Face aux événements que traverse la Syrie, Mgr. Balbaaki a rappelé que son Église apportait son aide à tous les Syriens et que son pays avait une longue tradition de coexistence : face à l’ignorance les Syriens devaient s’efforcer de chercher et protéger ce qu’ils ont en commun, leur histoire, leur langue, leur identité et le fait qu’ils sont « tous fils du même Dieu ». Mgr. Balbaaki a aussi évoqué à l’intention de tous les Chrétiens que l’unité du corps de l’Église est essentielle car si un membre souffre, c’est tout le corps qui souffre et les divisions ou un conflit entre ses membres serait une grosse perte voire une catastrophe. Les Églises doivent continuer de travailler ensemble et en cas de compétition, celle-ci doit être constructive et créer une saine émulation.

Mgr. Antiba a dressé un panorama général de la condition des Chrétiens au Moyen-Orient en rappelant les temps difficiles qu’ils traversent en Syrie, Irak, Palestine et Égypte [11]. L’Occident semble ne pas voir le sectarisme dont ils sont victimes et a oublié, comme les extrémistes musulmans, que les Chrétiens d’Orient ont donné de nombreux poètes, écrivains, artistes ou hommes politiques au Monde Arabe et ont participé à sa renaissance durant le 19ème et le 20ème siècle, la « Nahda ».

 

 

 

Les Chrétiens Arabes sont profondément enracinés dans l’histoire et la culture du Moyen Orient [12] comme en atteste par exemple l’existence de tribus bédouines chrétiennes en Jordanie ou dans un passé plus ancien en Arabie Saoudite. Le Christianisme a été la base de l’Islam dans la péninsule arabique et beaucoup l’ont oublié. Pour Mgr. Antiba « L’Orient a un grand besoin de retourner à ses racines chrétiennes » afin de ne pas perdre une partie de son héritage historique, culturel et spirituel mais aussi afin de retrouver la paix.

Mgr. Antiba a évoqué la situation préoccupante que connaît son diocèse : le 23 avril 2014 les forces rebelles ont attaqué le village de Kharaba, brûlé l’église locale, pillé les biens des villageois et kidnappés 49 d’entre eux [13]. Les extrémistes ont accentué les divisions communautaires et dans le Hauran la crainte des Chrétiens est devenue permanente alors que dans le passé l’évêque du Hauran était aussi appelé « évêque des tentes » car il guidait spirituellement de nombreuses tribus nomades locales. L’Église Melkite Grecque Catholique ne ménage pas ses efforts : le prédécesseur de Mgr. Antiba joue toujours un rôle de médiateur dans le conflit et une vingtaine d’otages ont pu être libérés sans que soit dépensée aucune somme d’argent. L’aide de Mgr. Antiba et de son prédécesseur est même demandée dans d’autres régions du pays. Tout en appelant l’Occident à cesser de financer et soutenir les groupes armés tels que Jabhat al-Nusra et Daesh, Mgr. Antiba a évoqué les pillages de tracteurs, voitures, générateurs et moutons commis par ces mêmes groupes. En dépit des difficultés Mgr. Antiba ne baisse pas les bras et a rappelé que sa « porte est toujours ouverte » tout en ajoutant qu’il n’a « jamais vu cela dans sa vie auparavant ». L’Église Melkite se dépense sans compter : le salaire de Mgr. Antiba et les sommes versées pour les intentions de messe sont intégralement dédiés à l’aide humanitaire. Évoquant les massacres et tueries ensanglantant le berceau du Christianisme Mgr. Antiba a également critiqué l’esprit néo-colonial de nombreux pays occidentaux qui cherchent à imposer la démocratie par la violence et la guerre.

 

 

 

L’Église Melkite Grecque Catholique apporte son aide à tous les Syriens et à la reconstruction du pays comme l’a indiqué Ghassan Chahin, tout en rappelant la responsabilité de chaque Chrétien face au drame qui se joue en Syrie et au Moyen Orient : « Si la Syrie perd le Christianisme, le monde perdra le Christianisme ».

 

 

Le point de vue de la diaspora chrétienne orientale et sa perception du conflit ou de l’attitude de l’Occident été évoqué par Johnny Messo. Ce dernier, qui a étudié en profondeur l’histoire du Christianisme, a exprimé sa sympathie sincère pour toutes les Églises d’Orient et rappelé qu’elles sont un héritage du Christianisme primitif qui a également influencé l’Islam. Le World Council of Arameans – Syriacs [14] est actif depuis le début du conflit et porte assistance aux réfugiés syriens comme ceux fuyant en Turquie ou en Grèce où ils sont arrêtés par la police ou parfois sujets à de mauvais traitements de la part de militants d’Aube Dorée. Le désespoir est tel que de nombreuses personnes ont envoyé des copies de leur passeport au Conseil Mondial des Araméens. Cette organisation aimerait que les Chrétiens ne quittent pas la Syrie mais face à la situation actuelle d’insécurité et de chômage il est difficile de leur demander de rester. Le WCA fournit notamment une aide juridique et a aidé à libérer des réfugiés syriens détenus en Grèce et en Turquie.

 

 

Selon Johnny Messo les médias occidentaux semblent être aveugles et sourds aux messages venant de nombreux Syriens et de leurs différents représentants comme les évêques ou le WCA. Ces derniers ont frappé aux portes du Conseil de l’Europe, de l’Union Européenne et des Nations Unies mais ces organisations n’ont pas pris leurs demandes en considération et M. Messo a rappelé que les réfugiés ont demandé directement de l’aide au WCA ou aux Églises et non à ces organisations régionales ou internationales. A l’instar de l’Irak la Syrie a été ramené au Moyen-Âge et en dépit des nombreux besoins criants en termes d’aide humanitaire celle-ci est sélective et ne touche pas ou que trop tardivement les minorités chrétiennes (cas de radiateurs livrés en été). « Trop c’est trop » a martelé à nouveau Johnny Messo avant de critiquer les gouvernements européens et occidentaux qui dépensent des millions de dollars en fourniture d’armes et en soutien aux rebelles alors que ces sommes seraient utiles aux Syriens.

 

 

Pour le président du Conseil Mondial des Assyriens la Syrie fait partie d’une longue liste de guerres par procuration ayant frappé auparavant l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak et la Libye. Les atrocités commises en Syrie sont une macabre répétition de la vague de violence qui a ensanglanté l’Irak : dans ce pays voisin des évêques ont été torturés et décapités, des femmes irakiennes chrétiennes violées et coupées en morceau parce qu’elles avaient voulu suivre des études universitaires. En dépit des propagandes de guerre passées la vérité a toujours fini par refaire surface et pour Johnny Messo il ne faut pas ignorer la responsabilité criminelle de Bush Jr. et Blair dans le conflit en Irak ainsi que celle des autres dirigeants occidentaux ou du Golfe dans le conflit syrien.

 

 

Comme en Syrie le nombre de Chrétiens en Irak et en Turquie a significativement chuté et il n’est pas inutile de se souvenir que dans ce dernier pays, au sud-est, les Chrétiens constituaient la large majorité de la population il y a encore 40 ans. Ce phénomène de disparition des communautés chrétiennes locales et l’exil des Chrétiens d’Orient touche l’Irak et la Syrie, aggravant du même coup l’annihilation de leur culture millénaire. Face à ce drame M. Messo a observé un certain black-out médiatique et s’est interrogé sur la notion d’éthique journalistique ainsi que le peu de soutien apporté par les institutions musulmanes de par le monde au sort des Chrétiens : aucune n’a condamné les persécutions et massacres visant les Chrétiens alors que ces derniers ont participé à la « Nahda », la renaissance culturelle de la civilisation arabe. Johnny Messo s’est interrogé également sur les raisons de ce silence face à des atrocités commises au nom de l’Islam et appelé les Chrétiens ainsi que tous les Syriens à s’unir car ils peuvent changer le cours des choses dans leur pays.

 

 

La conférence fut clôturée par l’annonce d’un projet de parrainage de familles syriennes chrétiennes permettant de les soutenir matériellement mais aussi d’établir par le biais de contacts

réguliers un véritable lien humain allant au-delà de la solidarité.

 

 

Gilles-Emmanuel Jacquet

Notes

 

 

[1] La première conférence au sommet des évêques catholiques et orthodoxes de Suisse en mai 2012 peut également être considérée comme un moment historique. Voir « 8-9 mai 2012: Première rencontre au sommet des évêques catholiques et orthodoxes en Suisse », Orthodoxie.com
[2] Voir Métropolite Hilarion de Russie, « The humanitarian tragedy of Syrian Christians : a challenge to the whole civilized world », Oriental Review, 21/11/2013
[3] « Christian hamlet escapes Syria war but falls prey to looters », Al Arabiya, 09/02/2013 et « We won’t accept anything but the Tradition of the Prophet », Orontes – Syrian Christians in a Time of Conflict, 28/10/2013
[4] Jamie Dettmer, « Syria’s Christians flee kidnappings, rape, executions », The Daily Beast, 19/11/2013
[5] Ibid.
[6] « Kanayé, nouveau village chrétien conquis par les djihadistes et imposition de la loi islamique », News.VA, 16/12/2013 et « Villaggio cristiano in mano ai jihadisti », Corriere del Ticino, 15/12/2013
[7] « Kanayé, nouveau village chrétien conquis par les djihadistes et imposition de la loi islamique », News.VA, 16/12/2013
[8] Ibid.
[9] Voir le site internet du Département des Relations Œcuméniques et du Développement du Partiarcat d’Antioche (1 et 2) et ainsi que les anciens rapports d’activité accessibles (1 et 2)
[10] Voir antiochian.org/content/humanitarian-update-syria et sur l’aide apportée par l’Église Catholique Romaine aux Chrétiens d’Orient voir notamment l’action de l’Œuvre d’Orient et de SOS Chrétiens d’Orient
[11] Sur la situation tragique des Coptes d’Égypte voir l’excellent ouvrage de Christine Chaillot, Les Coptes d’Égypte: Discrimination et persécutions (1970-2011), L’Œuvre Editions, Paris, 2011 et plus généralement aussi celui d’Alexandre del Valle, Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd’hui ? La nouvelle christianophobie, Maxima Laurent du Mesnil Ed., 2012
[12] Voir notamment Alphonse de Lamartine, Voyage en Orient, Gallimard / Folio Classique, 2011
[13] « Christian village in Syria stormed by militants ; ousted family need help », Barnabas Fund, 02/05/2014
[14] Voir le site internet du World Council of Arameans – Syriacs

 
 

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